Articles parus sur 13 crimes en Deux-Sèvres :
Une lecture de Paul Maugendre
Le département des Deux-Sèvres est comme pratiquement tous les autres départements français fortement
ancré dans l'esprit du commun des mortels comme un département champêtre, agreste, et pourquoi pas bucolique.
Pourtant Serge Janouin-Benanti nous livre treize scènes de la vie rurale attisées par la haine, la jalousie,
la cupidité […]
Treize histoires étonnantes, pitoyables, révoltantes, sordides qui démontrent que la justice laisse peu
de chance parfois aux humbles. En ce temps là les crimes étaient rondement jugés et la sentence rapidement
exécutée (sans jeu de mots !) même si le juge pouvait entretenir des doutes quant à l'identité
du coupable.
Serge Janouin-Benanti ne se contente pas de relater des évènements mais apporte dans la narration une touche personnelle,
comme en témoigne la narration de l'enquête dans "Le premier crime du juge Chasteau" en privilégiant les
à-côtés quelque peu mesquins dont fait preuve un greffier qui se voit déjà porté
au pinacle par son supérieur.
Treize histoires, treize jugements qui laissent rêveurs et proposent de multiples réflexions lorsque l'on veut
comparer la justice d'hier et d'aujourd'hui. Certains l'estimeront plus laxiste, d'autres plus humaine. […]
Paul Maugendre, dans Mauvais Genres, 2004
Blog des Lecteurs du Port
Ce qui frappe, c’est la manière dont l’auteur raconte. Il ne se contente pas d’un compte rendu froid : il met en scène.
Il choisit des points de vue inattendus (un greffier qui rêve de briller, un employé de pharmacie fasciné par une expertise, un juge qui doute)
et transforme chaque affaire en « nouvelle » au sens plein : un récit tendu, incarné, avec une mécanique dramatique.
Cette approche rend le livre très accessible : on peut le lire comme une suite d’histoires criminelles, mais on y revient aussi pour
ce qu’il raconte de la société – la place des femmes, la dureté du travail rural, l’écrasement social, la pression du regard collectif,
la confusion entre preuve et réputation.
Autre force : le lien invisible entre les nouvelles. À mesure qu’on avance, on reconnaît des motifs : l’obsession
de « s’en sortir », la tentation du raccourci fatal, le poison ou le fusil comme solutions de pauvreté, la sexualité comme piège social,
le mariage comme contrat déséquilibré. Et surtout, l’idée qu’une région dite paisible peut contenir une densité de passions
extrêmes : jalousie, cupidité, rancœur, désespoir, orgueil. Les crimes ne sont pas « extraordinaires » par leurs moyens
(une serpe, une soupe, un puits, un pistolet), mais par ce qu’ils révèlent : l’ordinaire qui bascule, sans retour.
Enfin, le recueil réussit un équilibre délicat : il donne assez de détails pour comprendre l’affaire et la logique judiciaire,
sans se complaire dans le sensationnalisme. Quand le récit devient brutal, c’est rarement pour faire « frissonner », plutôt
pour montrer la violence nue d’une époque, et la solitude des victimes. C’est peut-être là que le livre accroche le plus : il divertit
comme un true crime, mais il laisse un arrière-goût de chronique sociale.
Le fil rouge le plus fort reste la question sociale : qui a le droit d’être cru ? Les « humbles » n’ont pas toujours
les mots, ni les codes, ni la défense efficace. Le recueil insiste sur cette asymétrie : une défense trop faible peut sceller une tête ;
un point de procédure peut sauver une vie ; un juge peut être sincèrement persuadé et pourtant se tromper ;
un jury peut chercher un équilibre entre vengeance et maintien de l’ordre.
Autre lien : la place des femmes. Elles sont victimes (de coups, de domination, d’humiliation) et parfois actrices du drame.
Enfin, l’ouvrage donne envie de lire parce qu’il est construit comme un parcours émotionnel.
On alterne les affaires « à mécanique » (enquête, indices, procès), les récits « à tension morale » (doute du juge, pression du village),
et les histoires qui frappent au cœur (violences familiales, enfance broyée). Chaque nouvelle se suffit à elle-même, mais la
juxtaposition produit un effet cumulatif : on sort de là avec le sentiment d’avoir traversé une époque, une géographie, et une galerie humaine entière.
Critique complète à lire sur Les Lecteurs du Port
Serge et Viviane, un couple d'écrivains.
La complémentarité de deux styles dans la chronique judiciaire… Selon l'épaisseur du dossier,
"l'affaire" deviendra un roman avec le souci du détail de Viviane Janouin-Benanti, la juriste. Ou bien une nouvelle
avec la rigueur scientifique de son époux, Serge.
C'est en accompagnant sa femme aux archives, en faisant ensemble des recherches de documentation, que l'idée est venue
à Serge de raconter à son tour des "affaires" intéressantes. Mais souvent trop brèves pour faire un roman.
Son format de prédilection à lui est donc la nouvelle. […]
Cette année, il publie un recueil de nouvelles intitulé "Jeanne l'empoisonneuse … et douze autres affaires criminelles".
Ouest-France, 10 juin 2004.
Treize affaires. Un département qu’on imagine tranquille. Et, sous les haies des Deux-Sèvres, une vérité qui gratte :
le crime n’a pas besoin de la ville pour s’installer. Il lui suffit d’une cuisine, d’un chemin creux, d’un héritage, d’une rumeur… et d’un moment où tout craque.
Jeanne l’empoisonneuse – 13 crimes en Deux-Sèvres se lit comme une série noire historique. Le décor ? Fermes, bourgs, marchés, tribunaux.
Le moteur ? Des passions comprimées, des hontes tenaces, et une justice qui tranche – souvent sur la place de Niort, quand la nuit n’a pas encore quitté les pavés.
Ça commence fort : une femme, à bout, verse de l’eau bouillante sur la tête de son mari. [...]
Un recueil à dévorer comme un polar… avec ce frisson unique : tout cela a été possible, ici.
Présentation complète du livre sur le Blog 3E éditions