Articles parus sur Le meurtrier du mois d'août :
Une lecture de Paul Maugendre
Humble campagnard vivant avec sa femme et ses deux enfants, Marseil et Hélène, dans une cabane, Charles Sabourin
qui cherche du travail loin de chez lui est arrêté pour vagabondage en compagnie de son fils.
Accusé en plus de chapardage de poules et de fruits, il est condamné au bagne de Brest pour
une période de cinq ans. Marseil, treize ans, est interné dans une maison de correction
dans la forêt de Chizé, d'où il ne pourra sortir qu'à l'âge de vingt ans.
Hélène, six ans, est placée dans un couvent des carmélites à Niort jusqu'à ses
vingt-deux ans. La mère reste libre. Commence pour Marseil une longue période
de brimades, d'affronts, de persécutions, de malnutrition […]
Curieux destin que celui de Marseil Sabourin dont la vie se résume en quelques dates : été 1877,
assassinat d'un gardien de la maison de correction où il est enfermé, puis août 1885, il devient
l'infanticide d'une gamine de 12 ans, et en août 1894, fratricide. Serait-il devenu ainsi s'il
n'avait pas été enfermé dans ce pensionnat particulier, s'il n'avait pas été violé ?
Nul ne peut l'affirmer, mais il est évident que les brimades et mauvais traitements dont il a fait l'objet n'ont
guère arrangé son mental et peut-être développé ses pulsions. Viviane Janouin-Benanti,
dont c'est le quatrième ouvrage paru dans cette collection, puisant à partir de faits réels, propose
non une simple relation des évènements mais apporte une touche romancée, s'attachant à donner
vie à ce meurtrier, à tenter de le comprendre sans pour autant le juger.
Un roman agréable à lire tout autant pour l'histoire que pour la restitution d'une époque.
Paul Maugendre, dans Mauvais Genres, 2004
Une lecture de Jean-Claude Renoux sur Rayon Polar
Viviane Janouin-Benanti est enquêtrice plutôt que romancière : elle part de faits historiques,
telle l'histoire de Pierre Rivière dans "La serpe du maudit", et nous restitue tout à la fois une affaire qui a
marqué une époque, avec quelques clés pour comprendre le contexte, les mobiles et la psychologie des personnages.
Ce n'est donc pas non plus un travail d'historienne, Viviane Janouin-Benanti usant de la licence poétique pour se mettre
dans la peau des personnages et nous faire vivre en quelque sorte le drame de l'intérieur. C'est cette aptitude à
l'empathie avec les personnages principaux, le plus souvent fous et meurtriers, qui me semble caractériser d'abord sa démarche.
Dans "le meurtrier du mois d'août", elle retrace l'histoire sanglante de Marseil Sabourin, coupable dès la naissance
d'être né dans une famille de marginaux, condamné à la colonie pénitentiaire (maison de
redressement ou de correction) à l'âge de 13 ans, et qui y restera jusqu'à 20 ans (son seul crime est de courir
les chemins avec son père), alors que le père est condamné à 5 ans de bagne pour vagabondage (en 1875 !). […]
Le livre est prenant, le travail sérieux de Viviane Janouin-Benanti est précieux et mérite le respect,
et on ne peut que souhaiter qu'elle continue dans cette veine (le polar psychologique et historique) où elle excelle.
Jean-Claude Renoux
Critique complète de Jean-Claude Renoux à lire sur Rayon Polar
Blog des Lecteurs du Port
Une tragédie criminelle entre fait divers et roman d’époque
Il y a des livres qui commencent comme une enquête, et qui finissent comme un verdict. Le meurtrier du mois d’août, consacré à Marseil Sabourin,
fait mieux (ou pire) : il vous installe dès les premières pages dans une atmosphère de fatalité, comme si la chaleur d’été avait déjà tourné l’air. Quand, le 12 août 1893,
un journalier passe près du champ de manœuvres, il est saisi par l’odeur, puis par ce monticule de pierres « en forme de tombe »… et la découverte du corps mutilé
déclenche l’engrenage.
On comprend vite que l’autrice n’écrit pas un « qui a fait quoi ? », mais un « comment en est-on arrivé là ? » – et c’est précisément ce qui rend le roman si prenant.
Car l’ambition du livre est claire : romancer un dossier, donner une peau, une voix, une respiration à une affaire inspirée de faits réels. L’ouvrage revendique
cette base documentaire, tout en assumant la « licence poétique » qui permet d’entrer dans la tête des personnages et de faire sentir le drame « de l’intérieur ».
Résultat : un texte à la croisée du polar historique, du récit judiciaire, et du roman psychologique, dont la tension ne tient pas aux rebondissements,
mais à la progression d’une dérive.
Si vous aimez les romans inspirés de faits divers, les récits à la Stendhal/Mauriac où l’on suit une destinée broyée par l’époque, ou les polars où l’enquête
compte moins que la psychologie, Le meurtrier du mois d’août est une lecture marquante – troublante, parfois terrible, mais impossible à oublier.
Critique complète à lire sur Les Lecteurs du Port
[…] Aujourd'hui, Viviane Janouin-Benanti s'inscrit dans le nouveau roman. Celui qui renoue avec la tradition Stendhal
en partant d'un fait divers, comme Mauriac dans Thérèse Desqueyroux.
"J'aimais le pénal, j'ai donc été tentée par un travail de criminologue : avoir accès à tout
le dossier criminel (enquête de gendarmerie, instruction et procès) ". […]
Auteur de nombreux romans, dont le dernier en date est intitulé "Le meurtrier du mois d'août", Viviane est
également souvent sollicitée pour des conférences à l'occasion de salons du livre.
Ouest-France, 10 juin 2004.
Août 1893. La chaleur colle aux murs. Les rumeurs collent aux hommes. Et, quelque part près de Niort, un passant s’arrête… parce qu’une odeur le guide
vers un monticule de pierres. Une tombe improvisée. Trop récente. Trop silencieuse.
Quand le corps est découvert, c’est tout un monde qui bascule.
Le meurtrier du mois d’août n’est pas un simple roman criminel : c’est une descente, lente et implacable, dans la trajectoire d’un homme
déjà fêlé par la misère, l’abandon et la violence institutionnelle. Marseil Sabourin n’a pas grandi : il a survécu.
Présentation complète du livre sur le Blog 3E éditions